Qui est Lauriane Dugit-Gros ? Interview d’une illustratrice et graphiste

Crédit Photo : Aude Schalk

Lauriane est illustratice-graphiste freelance depuis plus de 2 ans. Son entreprise se nomme Animal Anormal. Découvrez qui elle est, son métier et son quotidien dans l’interview ci-dessous.

Où retrouver Lauriane ?

Peux-tu décrire ta personnalité en quelques mots ?

Je suis créative. J’aime bien me différencier dans les choses que je fais dans la vie, je n’aime pas faire comme tout le monde. En-tout-cas, je ne vais pas faire un truc parce que tout le monde fait le truc.

Je suis une grande amie des animaux. J’ai 2 chiens et c’est un sujet qui compte pour moi.

Je suis très attachée à ma région. Je suis née en Savoie, j’ai grandi en Haute-Savoie. J’adore ma région, j’adore nos spécialités, j’adore nos traditions et toute ma famille incarne un peu ça.
Ils sont agriculteurs et sont dans des villages assez perdus, très traditionnels avec le bal, etc. J’adore !
J’ai du mal à partir en vacances tellement on est bien ici. C’est un peu un piège, car c’est pas mal d’aller voir un peu ce qu’il se fait ailleurs. L’ambiance de la région aussi joue beaucoup en plus du cadre. Je trouve que tout n’est que beauté, bonheur. J’ai voyagé un peu pendant mes études et je suis revenue ici. Pourtant, quand j’étais petite, je disais que j’allais habiter à la mer, car j’en avais marre de la neige, du ski… Chasse le naturel, il revient au galop.

Quel est ton métier et à qui est-il destiné ?

Je suis illustratrice et graphiste avec un petit twist en design parce que le métier que j’ai appris, c’est designer. Et c’est celui-là que j’ai exercé pendant 7 ans. Je suis capable d’avoir des notions designs donc.

À la base, mes créations sont plutôt destinées à être un moment de plaisir artistique pour moi. J’ai des choses à dire, à raconter donc je le fais après ça trouve son public ou pas. Et il y a vraiment une partie de mon travail qui naît comme ça, avec une partie artistique, classique, c’est la partie illustration.

Idéalement, il est destiné aux personnes qui aiment la région parce que je fais beaucoup de clins d’œil à Annecy, à la Haute-Savoie et la Savoie. Aux touristes et aux locaux, comme j’ai envie de mettre en valeur ma région. Aux personnes qui sont un peu décalées, qui aiment bien les histoires. J’ai un truc assez enfantin avec ça, de raconter des légendes, des comtes, d’inventer cet univers-là. Je pense que les gens qui aiment bien les histoires.
La partie illustration est donc pour les particuliers.

J’ai aussi toute une partie pour les entreprises et les professionnels.
Et là, malgré tout, cela reste des personnes qui veulent mettre en avant la région. Par exemple des personnes dans l’artisanat ou qui ont envie dans un événement particulier de mettre un projecteur sur la région ou le côté fantastique/merveilleux. J’ai un délire un peu vintage, car j’aime bien m’influencer des années 20. C’est aussi pour ça qu’on me sollicite parfois, pour les brocantes par exemple ou les univers comme ceux de la moto.

Donc j’arrive à faire converger par ces différents biais : les animaux, la région, le vintage, les histoires et le fantastique.

Quels sont les challenges auxquels tu es confronté ?

Jongler entre la partie illustration pour les particuliers, pour ma boutique en ligne, pour ce que je mets en vente dans les magasins de souvenirs et autres, et la partie prestations pour les entreprises. Clairement, là où je peux arriver à en vivre, c’est sur la partie entreprises. Mais là où j’ai ma partie liberté/créative, c’est plutôt ce que je décide moi de mettre en vente. C’est de faire la bonne balance entre vivre de mon métier et avoir la liberté de faire ce que je veux.

Et puis je me rends compte que je crée une marque avec Animal Anormal avec des produits qui sont sous le chapeau de cette marque. Et si je veux la faire vivre cette marque, il faut que je l’alimente donc c’est difficile de faire des choix.
Parce que j’ai envie de garder les deux, mais on ne peut pas être partout.
Ça prend une énergie de fou d’alimenter une marque avec des produits. Et c’est aussi un sacré budget, car il faut imprimer des produits, ensuite, il faut les écouler. C’est une gestion qui pourrait justifier que je m’y consacre à temps complet. Sauf que j’aime bien aussi d’avoir les contraintes, des uns et des autres.

Je vois aussi le potentiel que ça pourrait avoir si je passais plus de temps sur l’un ou sur l’autre. Du coup, je ne sais pas où aller. Je profite des avantages des deux côtés, mais je ne peux pas lâcher les chevaux dans aucun des deux. Donc j’essaie tant que je peux, de continuer à faire les deux comme je l’entends. Mais pour le développement futur, c’est la question que je me pose : est-ce qu’il va falloir que je choisisse entre les deux ?

Malheureusement les graphistes illustrateurs qui, comme moi, on vécut cette situation d’être entre les deux ont tous choisit les entreprises. Parce que c’est là où on arrive à en vivre, à en faire un métier.

Quelles sont tes valeurs ?

black and white dog

Cause animale

Photo by Helena Lopes on Pexels.com

La cause animale est quelque chose qui m’est très important.
Même si ce n’est pas forcément le sujet de mes illustrations, j’aime bien travailler avec des associations, faire des projets caritatifs sur cela. Je donne beaucoup de temps, beaucoup de créativité pour des projets bénévoles et c’est quelque chose que je veux garder aussi.

Après, on ne peut pas être au four et au moulin. C’est-à-dire que si moi, je fais ça, je ne peux pas aider d’autres causes. Parfois, on me sollicite pour d’autres causes associatives et je dois choisir mes combats parce que sinon, c’est 100 % de temps bénévole et j’ai encore ma boîte à gérer.

green grass field and green tress during day time

Ecologie

Photo by André Cook on Pexels.com

L’écologie aussi fait partie de mes valeurs.
Très peu de graphistes/illustrateurs se positionnent à faire des produits à impact limité. Il y a beaucoup d’imprimeurs qui te proposent d’imprimer ton mug, ta carte de visite, etc., dans des quantités exorbitantes, depuis des pays européens. Et avec des effets (brillant, doré, etc.) et ça, malheureusement, même si c’est super joli ce n’est écologiquement pas recyclable. Donc j’essaie de me renseigner sûr qu’est-ce qui est possible de faire tout en restant eco-friendly. Et c’est limitant. Cela met beaucoup de contraintes notamment de prix, parce que c’est plus cher évidemment.

Pour autant, c’est quelque chose de non-négociable même pour les entreprises. J’imprime sur papier recyclé en France, ça a un coût, mais on ne fera pas autrement. Les gens n’en savent pas forcément que ça me tient à cœur, car j’ai beaucoup de choses à dire déjà, mais c’est important pour moi.
En ce moment, j’essaie de sourcer encore plus proche d’Annecy, car pour l’instant, je travaille avec une imprimerie à Paris qui défie toute concurrence en terme de qualité et de prix, mais je source des imprimeries plus proches pour éviter les transports et avoir un lien avec eux.

Quelle est ta vision de l’entrepreneuriat ?

De base l’entrepreneuriat pour moi, c’est un peu comme le féminisme. J’en pense rien de spécial, je pense qu’il y a plein de gens qui le font depuis des années. Quelqu’un qui a un camion à pizza fait de l’entrepreneuriat. Et ça devient un terme vraiment très présent ces derniers temps parce que je pense, plus en plus de gens se lancent avec le covid notamment. On intellectualise beaucoup le concept, mais en soit, tous les artisans sont des entrepreneurs. Après, légalement il y a peut-être des petits twists qui facilitent maintenant la création.

Je pense que c’est un métier comme un autre, me concernant en tout cas. Mais je ne pensais pas mettre autant de tripes dedans. J’ai toujours été une bosseuse, mais à la fin de mon CDI, j’étais en bore-out et je ne me retrouvais plus dans mon quotidien au travail. Je me suis découvert une puissance de feu, j’ai vu ce que c’est quand je suis à fond et je me suis étonnée. Je me rends compte que je suis capable de faire des choses folles. C’est très empowering comme sensation. Je ne dois à personne d’autre que moi, mon succès. Personne ne peut s’attribuer mon travail et c’est satisfaisant.

Ce que je pense de l’entrepreneuriat, c’est quand tu es une jeune femme et que tu es dans un milieu assez masculin et macho, ce qui était mon cas avant, ça vaut le coup de tenter l’expérience si tu as un peu d’argent de côté. C’est super agréable, le boost à l’ego est fou. Après, quand tu as des échecs, c’est de ta responsabilité aussi. Mais ce sont des leçons et ça te fait grandir en maturité. Si c’était à refaire, je referais tout pareil.

Comment t’organises-tu au quotidien ? As-tu une routine de travail ?

Je suis un peu à l’arrache, comme tous les artistes, je suis bien dans le cliché.
Je ne sais pas trop de quoi la journée sera faite, à part quand j’ai des rendez-vous. J’y vais un peu au feeling. Parce que la créativité, si c’est maintenant, c’est maintenant. Si j’avais prévu de faire ma comptabilité, tant pis, ça sera plus tard. Mais malheureusement ça insert un maximum de chaos dans mon organisation. Je teste encore un peu mon organisation. Des fois, je planifie une journée création et je reste devant mon ordinateur et rien ne se passe. J’essaie de forcer un peu le truc et en vrai, je ferai mieux de laisser tomber et revenir plus tard.

Le problème, c’est que la jauge de créativité ne se recharge pas facilement. Des fois, on a l’inspiration d’un coup. C’est super ingrat parce qu’on a des deadlines, on doit répondre aux clients. On ne va pas leur dire “je n’ai pas eu l’inspiration concernant votre projet”. Donc on est un peu obligé de presser le citron. J’essaie de le faire le moins possible quand même.

Ma créativité se recharge plus avec le temps qu’avec des activités, en laissant mon cerveau au repos. Je suis assez geek, assez gameuse et jouer un peu va m’alimenter autant que sortir m’aérer. M’inspirer d’autres univers aussi, sauf que je ne peux pas faire cela tout le temps. Je pense que regarder une série, un film me donne plus d’idées, m’inspire plus qu’une balade. Mais s’aérer ça reste indispensable pour arrêter de penser au travail, et de toute façon, j’ai mes chiens et je les sors donc je m’aère déjà tous les jours. C’est indispensable de rester dans le calme, recharger ses batteries.
Avec ma créativité, j’ai l’impression d’être face à un animal sauvage, un animal anormal, que je n’arrive pas à apprivoiser. Au moment où j’essaie de maîtriser le truc, ça ne marche plus.

Et cette compatibilité de laisser libre cours à ma créativité et les deadlines, c’est un peu compliqué parfois. Mais je bosse bien dans les heures classiques de bureau et j’arrive à avoir des journées un peu normales même si ça m’arrive de bosser les week-ends.

As-tu des conseils à ceux qui souhaiteraient se lancer en entrepreneuriat dans le même métier que toi ?

Se faire un petit matelas financier avant de se lancer, mais admettons que ça, c’est fait.

Selon moi, il faut un truc à raconter quand même. Quelque chose qu’on veut raconter, dessiner ou faire, un style, un genre, une patte. Mais d’un autre côté, je vois des gens qui n’ont rien de vraiment très différenciant et qui y arrivent très bien parce qu’il y a de la demande de chose plus neutre.

Il faut déjà différencier un illustrateur et un graphiste. Quelqu’un qui veut faire de l’illustration pure, dédiée à l’édition passera par la maison des artistes plutôt que se lancer en micro-entreprise, il n’aura pas les mêmes interlocuteurs que moi.

Je suis vraiment entre les deux mondes donc peut-être un conseil, être au clair de quelle proportion de quoi on aime faire. Si c’est graphiste, il y a tout intérêt à être micro-entrepreneur, pour l’illustrateur, c’est la maison des artistes. Et si tu es les deux, tu as tout intérêt à te le clarifier un peu dans ta tête.
J’ai mis beaucoup de temps à l’identifier et je me suis dit à un moment donné, je vais faire ce que les gens me disent de faire. Sauf qu’en fait non, c’est moi qui vait dire aux gens ce que je fais. C’est toute une maturité à acquérir et ça ne se fait pas du jour au lendemain.
Il faut être patient, il ne faut pas avoir peur de tester. Plus on pratique, meilleur on est. Meilleur on est, plus on est impactant auprès des gens qu’on démarche.

Le dernier, ne pas commander en grande quantité. On ne se rend pas compte si par exemple 300 exemplaires ce n’est beaucoup ou pas. Au début, 25, c’est déjà énorme parce qu’il faut qu’on arrive à tous les vendre.

Pour finir, quelle est ta citation préférée ?

Je suis quelqu’un avec un humour assez noir et ma grand-mère paternelle disait souvent :

La vie, c’est une tartine de merde et tous les matins au petit-déjeuner, tu dois la manger.

Elle avait une vie d’agricultrice, avec 12 enfants, je pense que c’était d’autant vrai pour elle !
Il y a des jours où ce n’est pas une partie de plaisir. L’entrepreneuriat, la liberté, être son propre patron ce n’est pas toujours facile, il faut parfois essuyer les plâtres. Parfois, on est fatigué, on ne voit pas l’issu, il y a l’incertitude du futur. Et comme dans tous les jobs, il y a un moment, il va falloir se forcer un peu.

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